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Le commerce des vieillards : Réflexion sur le financement de la dépendance Le projet d'assurance dépendance a l'odeur de la sueur des fonds de commerce. Depuis quelques dizaines d'années de nombreux secteurs d'activités économiques s'intéressent aux consommateurs vieillissants. Crèmes anti rides et tourisme du troisième âge étaient jusqu'ici les fers de lance d'une culture du consumérisme âgé galvaudant le jeunisme, le faire semblant et l'utilisation hors saison des équipements touristiques sous le regard bienveillant d'un pouvoir médical aguiché par tous ces nouveaux clients âgés « en or » , moins malades que les précédents mais plus médicalisés que jamais. En outre, les professions médicales et para médicales (libérales) ont diversifié leurs profits financiers en investissant massivement et à coup de défiscalisation dans le secteur des maisons de retraite. Après l'avoir fait dans le financement des cliniques privées. Le secteur bancaire et des assurances grignotent également ardemment dans les politiques sociales publiques solidaires. Une maison de retraite est un hôtel qui fait cent pour cent d'occupation avec une liste d'attente ; le financement immobilier offre une rentabilité importante et draine une épargne à moyen terme soucieuse d'un bon rendement. Le spectre de la vague ridée embouteillant les prestations de l'assurance vieillesse et la crécelle de la dépendance ont permis le développement d'une multitude de produits financiers misant sur la détérioration lente et silencieuse des financements publiques de la solidarité. (Le rapport de la députée Valérie ROSSO-DEBORD qui chapeaute le débat sur le financement de la dépendance illustre admirablement la fragilité des convictions publiques en matière de financement ; « il est de notre responsabilité politique dit elle d'assumer le fait que le financement public est désormais incapable de procurer les futurs milliards des dépenses que coutera la dépendance.. ». Le futur débat est fondé sur le socle de ce constat exclusivement budgétaire. La marchandisation des activités humaines produisant des services pour accompagner et soutenir les personnes qui perdent leur autonomie est une réalité. Plus de quarante pour cent du secteur de l'hébergement des personnes dépendantes est entre les mains du secteur privé à but lucratif. Les groupes privés de maison de retraite comme Korian, Residalya, Orpea, Edylis... commercialisent la dépendance, orchestrant des logiques hôtelières avec de la gériatrie sur papier glacé. Les prestations sont couteuses et réservées à des retraités disposant de revenus élevés ou à des retraités catégoriels (retraités cadres, retraités fonctionnaires également favorisés socialement, classes moyennes). Il n'y a rien à leur reprocher sur le catalogue. La production de lien social est ambigüe car elle se fonde exclusivement sur des offres de service techniques et polies et non sur une construction éthique communautaire, historique ou associative du don, de la générosité et de la solidarité. L'institution enveloppante est devenue un magasin. Les services d'aide à domicile sont en train de filer dans le même train de marchandises que les maisons de retraite. Dans ce cas là : la défiscalisation des ménages a également aidé le processus de marchandisation. Le secteur associatif de l'aide à domicile dont l'idéologie est fondée sur un socle humanitaire et surtout sur l'utilité sociale de la proximité et du domicile se heurte au développement anarchique des enseignes commerciales nationales ou locales. Celles-ci ont longtemps survécu dans le petit paradis fiscal de la femme de ménage défiscalisée et payée pour moitié avec le fruit des impôts perdus pour l'état. Elles découvrent aujourd'hui le marché fructueux de l'épouvantail de la grande dépendance. Plus de quarante pour cent de ces enseignes sont aujourd'hui lucratives et font l'objet d'un agrément administratif a minima sans validation par les autorités publiques des politiques sociales. Le développement du secteur privé lucratif dans ce secteur d'activité qui relève du soin à la personne est d'autant plus dangereux que les métiers de l'aide à domicile sont ouverts autant à des professionnels qualifiés qu'aux professionnels non diplômés, non formés. Comme si le métier de l'accompagnement de personnes dépendantes n'était rien du tout et n'exigeait pas comme tous les métiers du soin et de l'éducation une qualification professionnelle longue. Il est aussi facile aujourd'hui d'ouvrir un service d'aide à la personne à domicile qu'une friterie. Pour toutes ces raisons : le projet d'assurance dépendance doit être configuré de façon exclusive dans le champ de la protection sociale relevant du financement public. Nous assistons à une dérive de la notion de service public avec un accommodement fallacieux sous l'étiquette d'intérêt général d'officines lucratives opérant sur le prétendu marché protéique de la dépendance et qui entendant profiter des opportunités démographiques pour rentabiliser des capitaux privés. Deux raisons concourent à cette exigence de financement public de la dépendance : D'une part le cout social de la grande dépendance est très important. Une politique sociale de la vie autonome à domicile non discriminatoire élargit encore l'éventail de ce coût. Il est injuste socialement de financer de façon totalement différente la compensation du handicap et l'aide à la perte d'autonomie des personnes âgées dépendantes (1). Le premier objectif de cette réforme attendue du financement de la dépendance est de mettre en œuvre une citoyenneté de la vie autonome identique pour tous quelque soit la raison physique, psychique ou sociale du désavantage économique et culturel de la grande dépendance. Les avantages sociaux prescrits par la loi du 11 février 2005 sur l'égalité des droits, des chances, la citoyenneté et la participation des personnes handicapées doivent être étendue à toutes les personnes qui ont perdu leur autonomie de vive quelque soit leur âge. La seconde raison est l'absence de productivité dans le secteur de la grande dépendance. Plus l'individu avance en âge : plus il est couteux. Son choix de vivre à domicile quelque soit sa perte d'autonomie est un choix individuel porté (ou non) par une éthique collective, des politiques publics et des autorités publiques qui garantissent cette éthique et la qualité des prestations. Comme on peut le voit : la réforme du financement de la dépendance n'est pas uniquement une réflexion sur des milliards d'euros à trouver pour financer a minima des dispositifs mais un véritable questionnement sur les choix de politique collective que nous voulons en matière de vieillesse, de non discrimination et d'inclusion des personnes dépendantes dans la cité. Il s'agit de la question de la radicalité d'un choix collectif universel, solidaire La protection des personnes les plus vulnérables exigent des garanties de politique publique fortes à l'écart de tout intérêt lucratif pour éviter les recommencements permanents des processus de l'enfermement, de l'exclusion et de la ghettoïsation même si elle est dorée. Une autre approche de la dépendance : Une vision communautaire non protéique La politique sociale de l'accompagnement des personnes dépendantes s'inscrit par ailleurs dans la politique de l'espace, de la ville ainsi que dans les politiques économiques de réduction du temps de travail. Le placement en maison de retraite, souvent redouté part les personnes qui vieillissent, n'est pas uniquement une conséquence de la perte d'autonomie mais c'est également une conséquence directe de la production de nos modes de vie sociaux productivistes et individualistes: concentration technique et culturelle des activités humaines de production, de consommation et d'échanges,, usage inconsidéré de l'espace à vivre, consumérisme individualiste, accélération de la vitesse des échanges et des processus qui produisent du lien. Chaque fois que nous construisons une section d'autoroute ou un hypermarché nous construisons aussi dans la foulée quelques maisons de retraite culturellement concentrationnaire (solitude extrême) même si nous nous réjouissons de l'image sécuritaire et des soins dispensés. L'aménagement harmonieux des étapes de la vie passe par l'aménagement des espaces à vivre mais aussi par bien d'autres exigences collectives et solidaires. Les politiques de réduction du temps de travail s'inscrivent dans les politiques de solidarité familiale. Travailler encore moins est le signe symbolique d'un renversement de la valeur unique productiviste et la fin de la tentative dichotomique où des aidants familiaux et des professionnels de l'aide sont sanctuarisés à temps plein auprès des personnes dépendantes face à des salariés dévoués à des heures supplémentaires. Les personnes en perte d'autonomie ont besoin de notre temps amoureux journalier. C'est une bonne raison pour ne pas confier nos vieux jours aux banques et aux assurances à l'affut de marché imaginaire.
Amédée pierre Lachal formateur en gérontologie auteur de « animation en gérontologie. Hors sujet » Ed. Animagine Manuel D'intervention pour les professionnels en gérontologie (1) Le financement de la prestation de compensation du handicap (PCH) autorise la vie à domicile de personnes lourdement handicapées par le biais d'un accompagnement qui peut être de 24Hsur 24H ; le financement par l'APA (allocation personnalisée d'autonomie) d'une personne âgée gravement dépendante est dérisoire et dépasse rarement 4H par jour ; si bien que le placement en maison de retraite s'inscrit dans la logique du placement en maison de retraite.
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