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Lettre ouverte de la FNAPAEF à Monsieur le Président de la République Monsieur le Président, La FNAPAEF a été très attentive aux termes de votre discours du 8 février 2011 au Conseil Economique et Social, ainsi qu'à vos propos lors de l'émission télévisée « Parole de Français » du 10 février. Nous retiendrons principalement : - votre intention de créer « une cinquième protection aux côtés de la maladie, de la retraite, de la famille, des accidents du travail qui sont les branches traditionnelles de la Sécurité sociale". - votre souhait « que la couverture de ce risque, quel que soit le mode de financement, obéisse elle aussi aux principes d'universalité et de paritarisme qui gouvernent les quatre branches de la sécurité sociale. » - « Si la Sécurité Sociale a pu exister, c'est parce que les Français se la sont appropriée. C'est parce que pour chaque Français, elle est la propriété de tous. » - votre volonté « que la dépendance fasse l'objet de la même appropriation par les Français, qu'elle soit l'expression de la même solidarité que les retraites, la maladie, la famille, le chômage. » - que « ce qui est en jeu n'est pas seulement d'ordre matériel, d'ordre financier. Ce qui est en jeu est humain, et affectif, et moral. » - la nécessité de suivre « la voie de l'intérêt général comme le firent jadis les auteurs du programme du Conseil National de la Résistance et les bâtisseurs de la Sécurité Sociale. C'est à cette exigence intellectuelle et morale que nous appelle le souvenir de ce qu'ils ont accompli et l'ampleur de la tâche à laquelle nous nous attelons aujourd'hui. »
Des aspects de votre discours nous ont cependant heurtés. « Que dire de la souffrance de celui que l'on arrache de sa maison où il n'aspire qu'à finir ses jours parce que personne ne veut au fond se compliquer la vie pour l'aider à s'y maintenir ? » propos blessants pour les familles car vous semblez dire qu'elles abandonnent leurs proches, alors que vous le savez très bien la majorité d'entre elles sont prévenantes, attentives, donnent de leur temps sans compter, et aussi de leur argent puisque de plus en plus, elles sont obligées alimentaires, au point que certaines seront à l'aide sociale si elles sont touchées à leur tour par la « dépendance ». « Je souhaite que la question de la responsabilité des familles soit au cœur de la réflexion parce qu'elle est au cœur de la solidarité entre les générations et de la transmission ». De quelle responsabilité s'agit-il ? Du devoir de puiser dans leurs réserves financières pour aider leurs proches fragilisés par le handicap ? Du devoir de partager ce qu'il restera de la succession, c'est-à-dire d'être doublement pénalisées, alors que les bien-portants, eux, ne seront pas concernés par la solidarité nationale ? « On a tous une dette à l'endroit de ceux qui nous ont donné la vie et qui nous ont accompagnés sur le chemin de cette vie. Il y a un continuum, ça s'appelle les valeurs d'une société. Et on est responsable vis-à-vis de cette dette. » Oui sans doute, mais que sait-on des familles mal-aimées dans leur enfance, voire maltraitées, des familles qui ont eu des rapports conflictuels avec leurs parents, des aidants-familiaux en dépression parce que fatigués, culpabilisés peut-être de ne plus savoir comment accompagner au mieux leurs proches : manque d'argent, manque de personnel formé, manque d'établissements de proximité à un prix raisonnable qui permettraient à « La personne âgée dépendante (...) de pouvoir rester le plus longtemps possible dans son environnement familier (...) de conserver les liens familiaux, affectifs, les relations de voisinage qui nourrissent sa vie intérieure et sa vie sociale ». Les aidants vieillissants sont parfois eux-mêmes touchés par la maladie, ou soucieux de leurs propres enfants en difficultés (de couple ou sans travail). La vie n'est pas un long fleuve tranquille pour les aidants. Comme vous, nous pensons que pour les personnes âgées en situation de handicap « Il s'agit de tout faire pour que leur vie soit une vraie vie le plus longtemps possible, pour que même affaiblis, diminués, privés de tout ou partie de leur autonomie, ils puissent encore éprouver assez de joie de vivre pour que le bonheur d'être là l'emporte sur la lassitude, le sentiment d'être de trop et même l'attente d'une mort vécue comme une délivrance d'une existence qui n'a plus de sens. Une société qui traite comme cela ses vieux est une société qui n'a aucune morale et qui ne respecte pas la dignité humaine. On peut être dépendant, on peut avoir perdu son autonomie et vouloir qu'on respecte sa dignité parce qu'on est jusqu'au bout une personne humaine. » Encore faut-il donner les moyens aux structures : services d'aides à domicile, établissements d'accueil. La liste ci-jointe de dysfonctionnements est évocatrice de tout ce qui pourrait être évité avec plus de moyens et de formation. Le personnel nous le dit : certains sont plein de bonne volonté au départ, mais malgré leur conviction et leur volonté de bien faire, ils finissent pas baisser les bras en raison de la surcharge de travail et donc du manque de temps pour être à l'écoute des besoins des personnes âgées. « La société est là pour accompagner les familles, les soutenir, les aider, les soulager, mais j'affirme que la société n'est pas là pour remplacer les familles ».Monsieur le Président, nous ne vous demandons pas de remplacer les familles mais bien de les aider car elles sont à bout de souffle et cela, vous le savez, peut conduire à de la maltraitance. « L'universalité implique l'absence totale de discrimination. Je ne transigerai pas sur ce principe que la loi devra garantir » C'est bien pour cette raison que nous demandons l'application de la loi du 11 février 2005 et de son article 13. Parce que cette loi semble aujourd'hui mise à mal, la FNAPAEF est signataire du Manifeste ci-joint, pour un « vrai » cinquième risque car nous ne voulons pas, comme le disait Philippe Bas, d'une société du chacun pour soi organisé par l'Etat. Veuillez agréer, Monsieur, le Président, l'expression de notre haute considération.
Joëlle LE GALL Présidente |










